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Moya : 28 cadavres de tortues !

Une recrudescence alarmante du braconnage de tortues marines sur les principales plages de pontes depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19 est constatée par l’association Oulanga na Nyamba et les autres acteurs concernés. 28 cadavres de tortues sont comptés sur les seules plages de Moya depuis le début du confinement. L’association alerte les autorités et porte plainte pour destruction d’espèces protégées.

Une crise environnementale en cours

A Mayotte, les plages sont vides depuis le début du confinement, et cette absence de fréquentation laisse libre cours aux braconniers.

La situation devient critique : 28 tortues ont été braconnées depuis le 17 mars sur la seule plage de Moya. Tous les jours, de nouveaux cadavres sont signalés sur cette plage, qui n’est pas la seule à être affectée : des signalements de tortues massacrées sont faits tout autour de l’île.

Moya est après Saziley la plus importante plage de ponte de Mayotte, et une des plus importantes de la région. Elle procure à Mayotte un rôle essentiel en terme de conservation des populations de tortues dans la région. Le massacre des tortues sur nos plages est une perte d’ordre régional, notre responsabilité est engagée.

Le 21 avril, l’association Oulanga na Nyamba a de ce fait adressé une plainte pour destruction d’espèces protégées à la Substitut de Procureur responsable de l’environnement et alerté la Préfecture de la situation dramatique.

Des impacts négatifs irrémédiables

Moya est l’un des joyaux de Mayotte : en journée, résidents et touristes profitaient de cette plage magnifique pour la baignade, la nuit les femelles de tortues y viennent déposer leurs oeufs, sous les yeux des visiteurs émerveillés.

Mais, à l’heure où Mayotte souhaite se tourner vers l’économie bleue, les richesses de notre île sont détruites sous nos yeux.

A la fin du confinement, Moya ne sera plus comme avant. Sur cette plage, anciennement paisible s’entassent des cadavres de tortues. L’odeur de putréfaction est omniprésente. Il ne sera pas possible de poser sa serviette de plage sans avoir comme voisin un cadavre d’une espèce protégée, ce qui pose notamment des questions en terme de salubrité publique.

La problématique du braconnage de tortues à Mayotte ne date pas d’aujourd’hui. Des centaines de tortues sont braconnées tous les ans, mettant en danger la pérennité de la présence de tortues marines à Mayotte. L’amplification du phénomène durant ce temps de crise accentue une situation qui était déjà critique auparavant. L’absence de surveillance sera à l’origine de la création de nouveaux réseaux d’exploitation illégale de la viande de tortue, qui risquent de perdurer après la crise.

Quand aura-t-on dépassé le point de non retour ?

Il faut agir maintenant ! 

Si cette situation perdure sans action de l’ensemble des acteurs concernés, l’avenir des tortues marines, mais aussi la fierté des mahorais pour cette espèce emblématique, et l’attrait touristique qu’elles engendrent, seront mis en jeux.

L’association Oulanga na Nyamba lance un appel à la mobilisation face à cette situation dramatique et urgente : unissons nos compétences et moyens pour trouver une solution adaptée au contexte difficile !

Nous sommes tous concernés : Les acteurs du tourisme et de l’économie bleue qui dépendent des richesses marines, les communes qui ont la responsabilité la salubrité publique et de la sécurité des plages, les associations dans leurs objectifs d’intérêt général, les élus qui souhaitent faire rayonner Mayotte au-delà des frontières, les acteurs publiques et l’Etat qui visent à garantir un cadre de vie agréable et finalement, nos concitoyens qui souhaitent continuer à profiter des plages mahoraises….

Ne laissons pas une poignée de malveillants détruire le patrimoine naturel dont la population mahoraise est si fière !

La valeur de la tortue marine

Aujourd’hui, la tortue marine est une composante importante de plusieurs cultures à travers le monde et occupe une signification symbolique importante pour certaines populations insulaires.

La tortue marine est une espèce emblématique et intéressante à observer, pour le plus grand plaisir des plongeurs et plus largement des touristes qui pratiquent des activités balnéaires. Symbole du tourisme à Mayotte, elle contribue largement à rendre notre territoire attractif pour les visiteurs venus d’ailleurs.

A l’échelle écologique, la tortue marine est également une espèce indicatrice d’un environnement marin de qualité. Véritable sentinelle de l’état des habitats qu’elle occupe, sa présence témoigne de la bonne santé des écosystèmes marins essentiels dont elle dépend : herbiers, récifs, et mangroves. La tortue joue un rôle de jardinière de ces habitats. En broutant les herbiers et en grignotant les récifs, elle assure l’entretien et l’équilibre de ces écosystèmes. Elle régule également les populations de méduses qui ne sont pas très appréciées par les baigneurs.

Du fait de sa valeur environnementale liée à sa vulnérabilité et aux nombreuses menaces qui pèsent sur ses populations et ses habitats, la tortue marine est devenue un emblème de la lutte pour la préservation des espèces en danger d’extinction.

Dans plusieurs civilisations du monde, la tortue marine est entourée de légendes et de croyances en raison de sa taille, de sa longévité, mais également de ses caractéristiques biologiques étonnantes. Elle symbolise la longe vie, la sagesse, la paix et la fécondité dans certaines anciennes cultures.

A Mayotte, il n’existe pas encore d’étude sociologique qui analyse la valeur culturelle de la tortue marine au sein de la population de Mayotte.

La tortue marine représente la richesse du patrimoine naturel exceptionnel de notre île. Sa présence est un véritable atout pour Mayotte, qui mérite d’être mis en valeur. Afin d’assurer un avenir à cette espèce protégée, la valorisation culturelle et écotouristique comme alternative à son exploitation illégale semble être une solution adaptée.

Pour en savoir plus sur les actions de connaissance, de protection et de sensibilisation de notre association Oulanga na Nyamba, rendez-vous sur notre site. Suivez nos actualités sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram).

Le braconnage à Mayotte

Les tortues marines ont été exploitées par l’homme depuis des siècles, cette exploitation a été augmentée avec l’accroissement démographique. En raison de leur capture volontaire et accidentelle, la destruction de leurs habitats, la population des tortues marines a décliné de façon spectaculaire, amenant jusqu’à leur disparition dans certaines régions du monde.

Dans certaines civilisations, la consommation de la viande de la tortue était réservée à la royauté, mais elle est devenue plus populaire, notamment pour des festivités importantes en Polynésie Française (Brikke, 2010). Le braconnage de la tortue marine est strictement illégal, toutefois, la viande de tortue marine reste très prisée et la capture de tortue offre un moyen attrayant et facile de gagner de l’argent.

A Mayotte, selon les chiffres publiés par le Réseau Echouage Mahorais des Mammifères marin et des Tortues marines (REMMAT) jusqu’à 300 femelles tortues par an sont braconnées pour leur chair, ce qui correspond à environ 10% des femelles qui viennent pondre sur les plages de Mayotte. Et encore, ce chiffre n’est pas exhaustif et ne dévoile que la partie émergée de l’iceberg : les braconniers veillent à effacer les traces de leurs actes illégaux en faisant disparaitre toutes preuves en mer ou sous le sable.

Sur les 140 plages de pontes de Mayotte, une cinquantaine est touchée par le braconnage. Les plages concernées sont surtout les plus isolées et difficiles d’accès. Les hauts-lieux de braconnage se concentrent dans les quatre coins de l’île, avec des plages particulièrement affectées dans le Sud (plages de Charifou et Saziley), dans le Nord (notamment sur l’îlot Mtsamboro), dans le Nord-ouest (plage d’Apondra, Acoua), dans l’Ouest (Mtsanga Nyamba) et sur Petite-Terre (plage de Papani).

Le braconnage est la première cause de mortalité des tortues marines à Mayotte, alors qu’elles demeurent des espèces menacées d’extinction et protégées par des réglementations locales et nationales et par des conventions internationales. La mutilation, la destruction, le transport et la détention de la tortue marine sont strictement interdits. Les peines peuvent aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.

Si vous observez une tortue marine morte, braconnée ou en détresse, alertez le réseau échouage REMMAT au 06 39 69 41 41 (numéro d’astreinte 7j/7, 24h/24).

La photo identification

La photo-identification est une méthode que les scientifiques ont développé pour reconnaître et suivre individuellement chaque tortue tout au long de sa vie.

Contrairement aux bagues métalliques qui sont utilisées pour marquer les tortues, la photo-identification est une méthode non-invasive. Elle permet d’identifier les animaux à partir de leurs marques naturelles. Les photographies prises sur le terrain sont étudiées minutieusement pour repérer les différences et reconnaître ainsi chaque individu observé.

Chez les tortues marines, les marques qui différencient chaque individu sont la disposition, le nombre et la forme des écailles sur les profils gauche et droite leur tête. Ces mosaïques d’écailles n’évoluent pas en grandissant, et permettent donc de reconnaître chaque individu tout au long de sa vie. Tout comme la face interne de la caudale d’une baleine, les écailles de la tortue marine sont l’équivalent de l’empreinte digitale de l’homme.

La photo-identification est une étape incontournable dans le suivi d’une population de tortues marines. Grâce à elle, il devient possible d’accéder aux paramètres démographiques des populations et leur évolution dans le temps (nombre d’individus, taux de survie, déplacement, comportement…). On peut par exemple mieux comprendre comment une population évolue dans le temps, si les individus sont fidèles à leurs sites de pontes et d’alimentation et quelles sont leurs étapes de migration.

Pour ce faire, les scientifiques tiennent un catalogue des photos prises sur le terrain. Il s’agit d’une sorte de trombinoscope qui recense tous les profils de tortues photographiées.

A Mayotte, plusieurs organismes utilisent la méthode de la photo-identification. Ainsi, les bénévoles de l’association Oulanga na Nyamba suivent la population des tortues vertes et imbriquées de la vasière des Badamiers depuis 2010. Les résultats montrent que la vasière est un milieu très apprécié, en particulier par les jeunes tortues vertes qui y trouvent abris et nourriture. Chaque individu de la vasière est connu et enregistré dans une base. Les tortues ont chacune leur nom qui est affectueusement choisi par les bénévoles. Certaines tortues sont présentes depuis plus de 10 ans et observés régulièrement par les membres de l’association.

Dans la zone de l’océan Indien, un programme est mis en place pour mettre en commun toutes les photos de tortues et former une base de données régionale. Les tortues identifiées à Mayotte rejoignent cette base de données appelée TORSOOI. Grâce à un logiciel, Il est maintenant possible de comparer les différents profils de tortues dans la région et de mieux comprendre la vie mystérieuse des tortues marines.

L’accouplement

L’accouplement est un acte indispensable à la reproduction, pendant lequel la tortue mâle féconde les œufs de la tortue femelle avant la ponte.

Comment se déroule l’accouplement chez les tortues marines ? L’acte sexuel se déroule dans l’eau, généralement à proximité des plages de pontes. Souvent, plusieurs mâles convoitent une seule femelle. Dans les eaux calmes des lagons ou dans les eaux plus profondes, les mâles paradent autour de la femelle. Une fois que la femelle a choisi son géniteur, le mâle s’accroche à la dossière de la femelle.

Afin de parvenir à féconder la femelle, le mâle est équipé. Le mâle adulte se reconnait facilement par la longueur de son appendice sexuel : sa queue dépasse largement la carapace, contrairement à celle de la femelle qui est dissimulée. C’est un caractère secondaire qui ne se développe qu’à maturité sexuelle, c’est-à-dire, une fois adulte. La longue queue du mâle est nécessaire pour contourner la carapace de la femelle afin d’atteindre son cloaque pendant l’accouplement. Le pénis de la tortue mâle est dissimulé à l’intérieur de sa queue. Chez la tortue mâle, les griffes sur les nageoires avant sont beaucoup plus développées, elles sont nécessaires pour pouvoir s’accrocher sur le dos de la femelle lors de l’accouplement. Finalement, le mâle dispose d’un plastron concave qui lui permet d’épouser la carapace de la femelle.

Dès lors que le mâle est bien accroché sur le dos de sa belle, il introduit son pénis dans le cloaque de la femelle. Il commence alors une longue danse aquatique pouvant durer jusqu’à plusieurs heures. Le couple est souvent harcelé par un ou plusieurs autres mâles qui veulent tenter de prendre la place de l’heureux élu en les bousculant ou en mordant les nageoires de leur concurrent.

Durant l’accouplement, c’est la femelle qui mène la danse et régule les temps d’apnées. Cet acte est assez éprouvant pour la femelle car en plus de durer des heures, elles peinent à remonter à la surface pour respirer.

Un seul accouplement suffit pour féconder les œufs de l’ensemble des pontes que la femelle produit pendant une saison de reproduction. Cependant, souvent plusieurs accouplements avec différents mâles en lieu durant la saison. Le mélange de sperme des différents mâles est stocké chez la femelle dans une poche appelée spermathèque. La spermathèque permet à la femelle de féconder l’ensemble de ses œufs sans avoir recours à un accouplement avant chaque ponte. Ce système favorise également la diversité génétique : les tortillons issus d’un nid peuvent avoir des pères différents.

Les différents habitats de la tortue marine

Les habitats de la tortue marine correspondent aux lieux où elles vivent, se nourrissent et se reproduisent. La tortue marine est un animal fascinant qui, au cours des différentes étapes de son cycle de vie, parcourt plusieurs types d’habitats. Elle utilise successivement des habitats terrestres et marins. Elle fréquente le littoral pour la ponte, le large de l’océan pour la migration et les zones côtières pour la croissance, le repos et la reproduction. Chaque espèce possède un habitat privilégié à l’âge adulte : la tortue verte et la tortue imbriquée fréquentent les zones côtières alors que la tortue luth est présente au large.

La tortue marine a gardé́ des marques de ses lointains ancêtres terrestres. Alors qu’elle passe la majeure partie de son existence dans les océans, elle doit monter sur terre pour pondre. Les plages de ponte constituent un habitat occasionnel mais primordial pour la tortue, car il s’y déroule une phase indispensable à la survie de son espèce.

A Mayotte, 80 des 140 plages sableuses sont fréquentées par la tortue verte pour la ponte, et certaines par la tortue imbriquée. Elle choisit de préférence des plages calmes et isolées avec une belle végétation naturelle qui présentent des conditions optimales pour accueillir son nid. La lumière, les déchets et les constructions en arrière plage ne sont pas appréciées par les femelles pondeuses, car elles dégradent le lieu de ponte.

En mer, le mode de vie de la tortue marine se caractérise par une grande diversité́ de régimes alimentaires et de comportements, ce qui l’amène à privilégier différents habitats marins en fonction de l’espèce et du stade de vie.

Au large des océans, les courants facilitent les déplacements de nombreuses espèces. Toutes les espèces de tortues passent les premières années de leur vie au large où elles peuvent s’abriter et s’alimenter dans des radeaux d’algues et de bois flottants, tout en se laissant transporter par les grands courants marins. Elles rejoignent les zones côtières uniquement lorsqu’elles ont atteint une taille convenable qui permet d’être protégé contre les prédateurs. Les zones de croissance et d’alimentation sont choisies en fonction de la disponibilité alimentaire et des abris disponibles.

La mangrove, véritable nurserie, est un milieu exceptionnel qui offre à de nombreuses espèces des conditions optimales pour grandir en toute sécurité. Au stade juvénile, certaines tortues marines choisissent la mangrove fuir les prédateurs. La mangrove sert à la fois d’abris et de garde-manger pour ces jeunes tortues.

Adulte, le lieu de vie que la tortue dépend avant tout de ses ressources nutritives. Les sites d’alimentation dépendent de l’espèce. La tortue verte se nourrit presque seulement d’herbiers, qu’elle broute une grande partie de la journée pour combler ses besoins en énergie. A Mayotte, les herbiers sous-marins se trouvent sur les platiers peu profonds des récifs côtiers et barrières. Pour se reposer la nuit ou à marée basse quand les herbiers ne sont pas accessibles, la tortue verte choisit préférentiellement des cavités dans les récifs ou de belles patates de corail pour dormir. La tortue imbrique est également inféodée aux milieux côtiers. Elle est régulièrement observée sur l’ensemble des récifs mahorais : les récifs frangeants, les patates de corail dans le lagon et les récifs barrières. Sur les récifs barrières, on peut également avoir la chance de croiser une tortue caouanne. La tortue Luth fréquente le milieu pélagique au large des océans, où elle trouve les méduses à volonté. A Mayotte elle est observée occasionnellement par les pêcheurs, loin des côtes. Le large est également fréquenté par l’ensemble des tortues marines lors de leurs migrations entre leurs aires d’alimentation et de reproduction dès qu’elles ont atteint la maturité sexuelle

L’alimentation

Il n’est pas facile de connaitre ce que mange une tortue marine : chaque espèce à ses préférences alimentaires.

Mais à la naissance, toutes les espèces commencent par être omnivores. Elles mangent de tout : un moyen de se nourrir de façon opportuniste, car elles passeront les premières années de leur vie au grès des courants océaniques. Dès l’âge juvénile, les tortues marines rejoignent des zones littorales où elles commencent à varier et affiner leur régime alimentaire. Durant leur développement, les jeunes tortues côtoient les récifs coralliens, les prairies sous-marines et les mangroves où elles changent progressivement leur alimentation.

A l’âge adulte, chaque espèce de tortue marine a son propre régime alimentaire. La tortue verte est devenue herbivore : elle se nourrit essentiellement d’herbier et d’algues. La tortue caouane se nourrit de gastéropodes, d’échinodermes, d’algues, de méduses. Elle reste omnivore, avec une tendance plus carnivore. La tortue Luth se nourrit essentiellement de méduses. Très peu nutritives, elle doit en avaler une énorme quantité, l’équivalent de son poids par jour. Quant à la tortue imbriquée, elle privilégie les récifs coralliens où elle mange un peu de tout avec une préférence pour les coraux et les éponges.

On peut imaginer l’alimentation de la tortue en regardant sa tête, et particulièrement son bec. La tortue verte arrive à brouter les herbes sous-marines grâce à son bec arrondi, alors que la tortue imbriquée a un bec pointu et fin qui lui permet de picorer les coraux et chercher sa nourriture dans les anfractuosités des récifs. La tortue caouanne, aussi appelée « grosse tête », a un bec court et puissant avec des mâchoires musclées pour de casser les coquilles.

La respiration

Les tortues marines descendent des tortues terrestres. Il y a plusieurs millions d’années, les ancêtres des tortues marines vivaient sur la terre ferme en même temps que les dinosaures. Plus tard, elles ont colonisé le milieu marin, sans doute pour échapper aux prédateurs terrestres, mais aussi pour la recherche de nouvelles ressources alimentaires. Elles ont cependant gardé certains caractères de leurs ancêtres terrestres, notamment le besoin de respirer de l’air.

Bien qu’elle passe la majorité de sa vie sous l’eau, la tortue marine a un système respiratoire pulmonaire : comme l’ensemble des reptiles, elle possède des poumons. Elle doit donc remonter à la surface pour respirer de l’air. Ainsi, son corps est parfaitement adapté à l’apnée. Sous l’eau, entre deux respirations, elle peut se nourrir et avaler de l’eau de mer sans se noyer. Quand elle est en activité elle peut rester plusieurs minutes sans respirer avant de remonter à la surface pour remplir ses poumons d’air. Elle est capable de stocker beaucoup plus d’oxygène que les humains dans son sang et ses tissus, ce qui augmente ses capacités de rester sous l’eau.

Durant les phases de repos, la tortue marine peut rester plusieurs heures en apnée. Si cétacés alternent leur cerveau pour assurer la respiration pendant qu’ils dorment, la tortue marine s’est adaptée autrement pour pouvoir dormir sous l’eau. Pendant le repos, elle réduit considérablement son rythme cardiaque, et diminue de cette manière sa consommation en énergie et donc en oxygène.

Il n’est pas rare de pouvoir observer une tortue marine se faire bercer par les vagues entre deux eaux, les yeux fermés. Il est alors important de ne pas la déranger : le réveil soudain puise dans réserves d’oxygène vital et la force à remonter à la surface pour respirer.

L’émergence

Après la ponte, la durée d’incubation des œufs de tortue varie entre 50 à 90 jours en fonction de la température du sable. A l’intérieur de chaque œuf, le jaune d’œuf est progressivement consommé par l’embryon qui grandit jusqu’à occuper la totalité de l’espace disponible. Une fois prêt à éclore, le tortillon déchire la coquille d’œuf avec le diamant, une pointe très dure qui se trouve sur son bec. Le tortillon doit attendre l’éclosion de ses frères et sœurs pour pouvoir sortir du nid. Souvent, une semaine passe avant que tous les tortillons soient sortis de leur œufs.

L’agitation simultanée de l’ensemble des tortillons leur permet de commencer l’ascension vers la surface du sable. Ils attendent alors quelques centimètres sous la surface du sable les conditions optimales pour sortir. La baisse de la température du sable déclenche ce processus qu’on appelle l’émergence. Ce spectacle se déroule pour la plupart du temps en fin de journée, pendant la nuit ou à l’aube.

Dans la nuit, les bébés tortues sont attirés par le reflet des étoiles et la lune sur la surface de la mer, cette lueur leur permet de s’orienter dans le noir. Leur instinct les amène à rejoindre la mer au plus vite, mais les éclairages artificiels peuvent porter à confusion et désorienter les tortillons.

Dans leur course effrénée vers la mer, les tortillons ont beaucoup de prédateurs naturels, comme les crabes et les oiseaux. La course sur le sable est essentielle pour s’imprégner de leur lieu de naissance que les femelles retrouveront une fois adultes pour pondre. Les muscles sont activés et leur corps se prépare à affronter les vagues. Dès que les émergentes gagnent la mer, elles leur premier grand voyage commence. En quelques mouvements, elles savent nager et réaliser de petites apnées, prêtes pour débuter leur vie marine.

La température joue un rôle très important pour déclencher l’émergence, et bien plus : comme chez la plupart des reptiles, elle détermine le sexe. Lors du développement de l’embryon, la température déclenche l’activation des gènes responsables du développement des organes génitaux. Au-delà de 29°C, les organes femelles se développent, au-deçà de 29 °C, ce seront les organes mâles qui se développent. La proportion de mâles et de femelles dans un nid dépend de ce fait de la température d’incubation.

Découvrez ici comment observer l’émergence des jeunes tortues marines sans déranger !

La ponte

Entièrement inféodées au milieu marin mais toujours tributaires de la terre ferme pour y pondre leurs œufs – dernier vestige de leur très ancien passé terrestre –, les tortues marines viennent, depuis des millénaires, sur les plages des régions tropicales et subtropicales du globe pour y accomplir l’acte le plus important pour la survie de l’espèce. L’observation de la ponte des tortues marines est une expérience fascinante : « assister à l’apparition de ces animaux venus d’un autre âge, quittant le monde secret de la mer pour reprendre contact avec la terre ferme l’espace de quelques heures dans la nuit, laisse des impressions mémorables. » (Devaux & De Wetter, 2000).

La ponte est un moment crucial pour la tortue marine, c’est le moment où elle donne la vie à une nouvelle génération qui fera perdurer son espèce. La tortue femelle doit quitter le milieu aquatique pour pondre ses œufs. Bien que la plupart de son existence se passe dans l’océan, elle est obligée de monter sur la plage pour y pondre ses œufs au sec.

Pour éviter la déshydratation et être au calme, la tortue verte femelle attend la tombée de la nuit et la marée haute pour quitter son milieu. Agile et rapide dans l’eau, la tortue marine devient lente et vulnérable sur terre. Elle se hisse à l’aide de ses nageoires antérieures pour atteindre le haut de la plage et trouver le bon endroit pour déposer sa ponte. La femelle choisit avec soin son lieu de ponte pour optimiser le taux de reproduction. Les œufs doivent rester loin de la marée et à l’ombrage de la végétation pour éviter la chaleur. Sur la plage, la tortue est très sensible au dérangement et peut facilement revenir sur ses pas pour retrouver le milieu aquatique et aller pondre ailleurs.

Si toutes les conditions sont réunies, la femelle commence à creuser avec ses nageoires antérieures un grand trou de la taille de son corps dans lequel elle restera à l’abris des regards durant la ponte : c’est la cavité corporelle. A l’aide de ses nageoires postérieures, elle creuse ensuite un deuxième trou, profond et parfaitement cylindrique, qui accueillera ses œufs : c’est le puits de ponte. Une fois ce dernier terminé, la tortue commence à pondre : les œufs tombent au fil des contractions rythmiques par 1, par 2, par 3 ou par 4. Environ 120 œufs sont déposés dans le nid. Ils sont blancs, ronds et ont la coquille molle pour éviter la casse.

La femelle rebouche soigneusement le puits de ponte à l’aide de ses nageoires antérieures. Elle dissimule ensuite l’emplacement exact du puits de ponte en déplaçant beaucoup de sable avec ses quatre nageoires.

Après de longues heures de travail, la femelle retourne à la mer, épuisée. Pendant trois mois, elle reviendra toutes les deux semaines environ pour déposer de 5 à 7 pontes. A jeun durant toute la phase de reproduction, elle doit ménager ses efforts. Chaque dérangement lui fait dépenser inutilement son énergie dédiée à la production de ses œufs.


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La migration

La tortue marine, grande voyageuse, est une ambassadrice des océans. Son cycle de vie est rythmé par de grandes migrations : elle ne connait pas nos frontières !

La tortue marine entreprend sa première migration juste après sa naissance. Fraichement sortis de son nid de sable, le tortillon rejoint la mer pour débuter sa première traversée des océans. La grande aventure commence par une nage frénétique : le tortillon va nager sans arrêt pendant environ 10 jours pour s’éloigner très rapidement des côtes où les prédateurs se concentrent. Arrivé au large de l’océan, la jeune tortue se laisse dériver dans les grands courants marins. Pour survivre dans ce vaste milieu, la jeune tortue s’abrite dans des débris flottants : elle y trouve de petites algues et des petits animaux à manger. Transporté par les courants, la jeune tortue parcourt ainsi des milliers de kilomètres dans les océans. Peu est connu sur ses premières années de la vie au large où les scientifiques perdent sa trace. Ils appellent cette phase « les années fantômes ».

Lorsque la jeune tortue a assez grandi et que sa carapace protectrice s’est durcie, elle est prête à rejoindre les côtes. Elle va se trouver un endroit abrité où il y a de la nourriture en abondance, comme par exemple une mangrove, un herbier ou un récif. Cette zone devient le site d’alimentation de la tortue, elle y restera jusqu’à l’âge adulte.

Les migrations reprennent chez la tortue femelle dès sa maturité sexuelle, c’est-à-dire dès qu’elle est prête à se reproduire. Guidée par son instinct, elle quitte alors son site d’alimentation pour retourner là où elle est née et à son tour donner la vie. La tortue verte peut parcourir jusqu’à 3000 km pour retrouver la plage de sa naissance ! Arrivée sur son site de reproduction, elle va y rester pendant deux à trois mois pour pondre ses œufs. Ensuite, elle reprend la route pour retrouver son site d’alimentation.

Ces longues migrations ne sont pas de tout repos pour la tortue marine. De plus, elles ne se nourrit presque pas pendant son voyage et sur son site de reproduction. C’est pour cela que les migrations de reproduction ne sont pas entreprises tous les ans. Entre chaque grand voyage, la tortue marine va passer 3 à 5 ans sur son site d’alimentation pour reprendre ses forces et accumuler les réserves de graisse nécessaires pour préparer son prochain périple.

Mayotte est à la fois un site de reproduction et un site d’alimentation pour les tortues vertes et les tortues imbriquées. Mais, les individus qu’on observe en train de s’alimenter dans le lagon de Mayotte ne sont pas les mêmes que l’on peut observer en train de pondre sur les plages mahoraises. Il s’agit de populations différentes qui ont choisi Mayotte comme site d’alimentation ou de reproduction et qui entreprennent toutes de longues migrations dans la région du sud-ouest de l’océan Indien.

Mais vers où migrent les tortues qui pondent à Mayotte ? Les chercheurs ont trouvé la réponse en suivant leur trajet grâce à des balises satellites posées sur la carapace des tortues en ponte à Mayotte !

Les chercheurs ont trouvé la réponse en suivant leur trajet grâce à des balises satellites posées sur les tortues en ponte à Mayotte !